وثيقة ARC-TD-DOC-000003

مذكرة 23 أبريل 1954 حول الكلية الفرنسية العربية بوداي

Note du 23 avril 1954 sur le collège franco-arabe du Ouaddaï

وصف المادة

التاريخ
23 أبريل 1954 مؤكد
المكان
أبشة مؤكد
اللغة
fr
المرجع الأرشيفي
GG AEF 5D 269
مذكرة إدارية حول الكلية الفرنسية العربية بوداي سنة 1954، ضمن ملف GG AEF 5D 269. (النص منشور لدى جامعة بواتييه؛ الأصل غير مرقمن).

التفريغ النصي

النص المصحح يدويًا

Le collège franco-arabe de Ouaddai Le Collège franco-arabe d’Abéché a suscité depuis 1950, en Afrique musulmane française, un mouvement de curiosité qu’il est parfois difficile, voire inopportun de satisfaire. Difficile, parce que les circonstances politiques de sa création ont déterminé, en ce qui concerne l’orientation à donner au collège, des tendances contradictoires. Inopportun, parce que les premiers résultats acquis ne valent que pour le Ouaddaï, et ne sauraient encore avoir une valeur d’exemple. Il existe au Tchad un million d’individus intéressés par l’enseignement coranique traditionnel, soit la moitié de la population du Territoire. Cette masse importante, constituée de noyaux arabes et de tribus négroïdes, unis par le lien de la religion, pratique un islam orthodoxe, individualiste, simple, à l’intérieur duquel, à l’encontre de ce qui se passe en Afrique Occidentale, l’inefficience des confréries et le véhicule de la langue arabe favorisent l’expansion d’un modernisme étranger prenant sa source à l’Université de l’Azhar. D’où la nécessité, pour nous de contrôler l’enseignement religieux, sous peine de laisser s’y développer des courants qui nous deviendront, à coup sûr, de plus en plus en hostiles, cependant que l’école française, considérée comme un lieu de corruption, où l’on enseigne autre chose que le respect de Dieu et des principes de la foi, sera de moins en moins fréquentée. Situation fâcheuse qu’aggravent chez les populations islamisées le déséquilibre social et la xénophobie nés de la prédominance grandissante, au sein de nos administrations publiques et privées, des élites animistes ou chrétiennes venues du pays sara. C’est pour parer aux dangers d’une telle situation qu’un projet de collège franco-arabe avait été conçu, dès 1946, par le Gouvernement du Territoire, projet dont certaines vicissitudes matérielles, le manque de personnel qualifié et, en une certaine mesure, un immobilisme administratif dont on enregistre malheureusement trop d’exemples, empêchèrent d’année en année la réalisation, jusqu’en 1950, date à laquelle un fait nouveau modifia profondément les données du problème : savoir l’installation à Abéché d’une médersa libre, le « mahad-el-ilmi » du Cheikh Oulleich, diplôme d’El Azhar, qui dispensait un enseignement islamique moderne et draîna, en quelques mois, la totalité des élèves susceptibles de suivre les cours. L’adversaire ayant eu ainsi le loisir d’imposer le terrain et les armes, il ne s’agissait plus de prévenir sa propagande, mais de la freiner, et si possible d’en atténuer les effets. C’est ce qui explique que le but fondamental de notre action, qui reste, faut-il le dire, la diffusion de la culture française, ait paru parfois négligé au profit d’un enseignement purement arabe, toute tendance à la « francisation » étant généralement sanctionnée par une renaissance du « mahad ». * * * Celui-ci répondait aux besoins et au niveau intellectuel des fils de commerçants soudanais et libyens nettement plus évolués que leur coreligionnaires autochtones : enseignement traditionnel coranique ordonné en un cycle préparatoire de 3 ans, auquel s’ajoutait un enseignement de second degré comprenant cinq années d’études de droit, de théologie, de grammaire et de sciences modernes. En 1951, cet « institut islamique » comptait 160 élèves, en majorité d’origine soudanaise, et contrôlait 120 élèves des écoles coraniques de quartier. En face d’un tel mouvement qui, il faut le reconnaître, l’avait quelque peu prise de court, la première réaction de l’administration fut de composer avec le « mahad », et d’essayer même de l’intégrer, avec ses annexes coraniques, dans l’organisation officielle projetée. Mais Oulleich, fort de son succès, de l’appui des colonies soudanaise et libyenne d’Abéché, et des subsides qu’il recevait directement de l’Azhar, prétendit imposer ses vues et présenta au Chef du Territoire un mémoire en sept points qui visait à installer solidement au Tchad Oriental la seule culture islamique et à en contrôler l’épanouissement. L’animosité ont il témoigna à l’égard des chefs locaux, et notamment du Sultan du Ouaddaï, El Hadj Ali Silek, nous fournit l’occasion de l’éloigner définitivement du centre de ses activités. L’élimination d’Oulleich ne constituait cependant qu’un avantage négatif ; le climat psychologique qui lui avait permis de réussir demeurait inchangé et il était indispensable d’agir, si nous ne voulions pas à nouveau être dépassés par les événements. L’idée d’un établissement franco-arabe fut dont reprise et au mois d’avril 1952, plus de cent ouaddaiens, anciens élèves du mahad, étaient venus s’inscrire aux cours, le Sultan Ali Silek et ses « foqaha » prenant délibérément la décision de constituer, en complet accord avec le Gouvernement et la direction de l’Enseignement, un conseil de perfectionnement chargé d’assister, par ses avis, l’administration du collège. En attendant que les bâtiments prévus au Plan soient construits, le Sultan mettait à la disposition du Collège, pour servir de salles de cours, les locaux de son palais et, pour constituer un personnel enseignant de base, ses meilleurs « foqaha ». Deux années plus tard, lors de la rentrée des classes de l’année scolaire 1953-1954, les cours du collège franco-arabe se répartissaient comme suit : - Un cycle primaire comprenant quatre classes, une de cours élémentaire, une de cours préparatoire 2ème année, deux de cours préparatoire 1ère année. Au total 187 élèves. D’une manière générale l’arabe et le français se partagent également l’horaire. Les programmes arabes ont été en partis inspirés par ceux de l’enseignement primaire marocain, mais avec de très nombreuses simplifications. Les ouvrages choisis sont les suivants : - Rédaction Hamzia (Busria) - Grammaire Adjrûmiya - Fiqh (notions de droit) Akrab el Masalik - Tawhid (notions de dogme) El akbaûiya - Hadith (traditions) Arb’in Naûauiy - Un cycle secondaire composé de quatre classes, et ne comportant pour le moment qu’un enseignement de langue arabe. Il groupe au total 33 élèves. Ce terme de secondaire ne doit pas être entendu ici dans son acception française, mais comme la traduction du mot arabe eththanaûyi, qui correspond aux divisions de l’enseignement pratiqué au Soudan Anglo-Égyptien : ibtidâyi, thaunaûyi, ali… Par ailleurs si les élèves classés dans cette catégorie sont bien du niveau eth-thanaûyi, ils sont plus âgés que la normale. La présence de ces « grands élèves » serait gênante dans un cycle normal d’études. Nous verrons plus loin les raisons pour lesquelles il n’est pas souhaitable, cependant, de leur interdire l’accès de l’établissement. L’effectif total du collège a donc atteint cette année le chiffre de 220 élèves (187 au primaire et 33 au secondaire) parmi lesquels 8 filles, dont l’admission a été décidée à la demande du Sultan et de certains foqaha, reprenant en l’occurrence une tradition ouaddaïenne. Après avis du Conseil de perfectionnement, les limites de fréquentation du Collège ont été fixées, pour les filles de 8 à 12 ans, soit quatre années d’études franco-arabes qui doivent être complétées par un cours d’enseignement ménager. A la suite de la propagande faite par le Sultan en faveur du collège, plusieurs chefs, parmi lesquels Abderraham, Sultan du Dar Massalit (Soudan Anglo-Egyptien), ont envoyé leurs enfants au Collège franco-arabe. Ces élèves ont été répartis selon leur niveau en français dans les différentes sections, mais il a fallu créer une classe spéciale d’arabe pour fils de chefs ; Ce système est complété : 1°) – par un cours de pédagogie pour maître français et arabes auquel sont invités les foqaha de la ville ; 2°) – par un cours de français pour adultes s’adressant aux moniteurs d’arabe et à certains « grand élèves » (malheureusement très rares) du cycle secondaire ; 3°) – un cours d’initiation d’arabe s’adressant aux maîtres du Collège et de l’Ecole Régionale qui continue naturellement à subsister aux côtés de la Medersa. Le recrutement et le maintien des effectifs du collège ont été favorisés par l’institution d’une cantine scolaire fréquentée matin et soir par 45 élèves. Ceux qui viennent de la brousse sont logés dans des cases construites à cet effet. Tous sont habillés par les soins de l’administration. Auprès de population d’un niveau de vie généralement très bas, ces méthodes d’aide matérielle ne doivent pas être négligées et elles ne font au surplus que reprendre, en les améliorant, celles d’Oulleich. Dans le même esprit, l’aspect du collège, sa façade, ont leur importance, et il convenait de le doter de bâtiments définitifs, dignes d’un établissement scolaire de ce niveau. Dans un avenir proche, aux classes du tata sultanal et de l’annexe de la vieille Mosquée, se substitueront des salles spacieuses, bien aérées, un vaste bâtiment moderne susceptible d’accueillir plusieurs centaines d’élèves venus non seulement du Ouaddaï, mais des régions islamisées environnantes. Un crédit de cent millions de Francs a été prévu au plan d’équipement pour leur construction, qui doit être achevée au début de l’année 1956. Ce crédit vient d’être malheureusement réduit de 50%. Tout sera fait pour ne pas dépasser la nouvelle limite. * * * Il est incontestable que le collège franco-arabe, grâce aux contacts maintenus avec la population et les chefs, au concours actif apporté à la diffusion des programmes et au recrutement des élèves par S.H. le Sultant du Ouaddaï, a aujourd’hui grandement consolidé ses positions et que ses effectifs ont, dès maintenant, très largement dépassé ceux qui avaient été atteints dans le passé par l’École Régionale. Dans l’ensemble, sauf chez les djellabas et les arabes du nord, le programme de la « Medersa el Alia » a chaque jours plus de partisans. Il faut reconnaitre toutefois que c’est à la souplesse de ce programme, et à la part qu’il fait à l’enseignement de l’arabe, qu’est dû, principalement, ce succès. En fait, les buts fondamentaux de l’institution n’ont été atteints qu’au primaire, les circonstances ayant été telles que les responsables du Collège, par prudence, ont dû se contenter jusqu’à présent, au secondaire, du moindre mal : savoir, un programme purement arabe, dans ses conséquences lointaines peut être aussi dangereux que celui d’Oulleich, et dont le seul avantage sur celui-ci est que le contrôle permanent d’un directeur habile, et d’un Sultan sincèrement dévoué à notre cause, permet d’en atténuer les virulences, et d’en maintenir, en une certaine mesure, l’orthodoxie à l’abri des propagandes de caractère pan-arabe. Encore convient-il de ne pas nourrir trop d’illusions quant aux possibilités de lutte, sur un tel terrain du Collège d’Abéché en face du Moyen-Orient tout entier. Le principe de l’enseignement franco-arabe au sein du cycle primaire n’a pas soulevé de difficultés majeures, sauf peut-être en ce qui concerne le choix des horaires à consacrer à l’étude de l’une ou l’autre langue. Le nœud de l’affaire est constitué, en réalité, par le programme du cycle secondaire, à l’occasion duquel se manifeste une certaine divergence de vues, d’ailleurs purement théorique, entre la direction de l’enseignement et l’administration du Ouaddaï. Aux yeux de l’enseignement, le pseudo cycle secondaire actuel n’offre qu’un intérêt limité, une sorte de couverture morale en face du « mahad », et il convient d’envisager, pour les années à venir, l’ouverture de véritables classes du cycle secondaire à programme mixte, faute de quoi se posera à nous, un jour ou l’autre l’insoluble problème du diplôme et des débouchés à accorder à des étudiants que nous aurions officiellement formé à des disciplines purement arabes. L’administration régionale, elle, estime que la Medersa est une pure affaire de politique locale, dont les buts essentiels sont : I°) de concurrencer victorieusement le mahad ; 2°) d’empêcher l’exode, vers El Azhar, des foqaha ouaddaïens en leur offrant sur place les moyens de perfectionner leurs connaissances. A ce titre, la fraction la plus intéressante de l’institution, celle qui fait réellement sa réputation, lui paraît être précisément constituée par ces « grands élèves » de l’actuel cycle secondaire. Au total, la seule orientation valable, à ses yeux, serait de donner l’avantage à l’arabe dans les programmes d’enseignement en faisant de la Medersa une sorte d’institut musulman, instrument politique autonome sans rapport avec une organisation scolaire. Ce point de vue a été renforcé par la brutale réapparition en 1953, sous la direction d’un ancien disciple d’Oulleich, Adoum Barka, d’un mahad qui n’avait d’ailleurs jamais cessé complètement de fonctionner. En quelques semaines, Adoum Barka réussit à grouper 180 élèves au sein de la Mosquée d’Am Siego, dite des Djellabah. Une décision du Sultan, en janvier 1954, leur en a interdit l’accès. L’affaire s’est terminée par un accord passé entre les maitres « libres » et S.H. El Hadj Ali Silek, qui les a autorisés à poursuivre leurs cours, mais sous son contrôle et à l’intérieur de la vieille mosquée : en fait, par l’incorporation du mahad au sein du collège franco-arabe. La « digestion d’un tel apport de recrues n’étant évidemment pas opération facile, le moment paraît mal choisi pour mettre l’accent sur l’étude du français aux dépens de l’arabe. * * * La conciliation de ces tendances : l’une visant au-delà des contingences locales, au règlement d’un problème politique capital pour l’avenir de la présence française en A.E.F, mais à laquelle certains reprochent d’aggraver, par des initiatives trop hardies, les difficultés d’implantation du Collège dans un milieu déjà travaillé par des influences orientales ; l’autre cherchant à contre balancer et à contrôler, dans l’immédiat, l’action dangereuse menée au Ouaddaï, sous le couvert du mahad, par les maîtres de l’Azhar, mais qui risque de s’essouffler rapidement dans un combat où, utilisant les mêmes armes que l’adversaire, elle joue perdant à longue échéance ; cette conciliation qui devra peu à peu, faire l’objet d’instructions plus précises trouvant leur reflet dans les cadres institutionnels de l’établissement, a été opérée jusqu’à ce jour avec beaucoup de tact et d’habileté par son directeur, M. de Miras, arabologue distingué dont la personnalité et l’influence conditionnent à l’heure actuelle l’existence même du Collège. A ce titre, il est éminemment souhaitable qu’un renfort de spécialistes, lesquels ne peuvent venir que de notre Afrique du Nord, soit mis à sa disposition. Les premiers d’entre eux sont annoncés au Tchad pour la rentrée prochaine. Il serait prématuré, à l’heure actuelle, de faire des prédictions sur l’avenir du Collège franco-arabe. Mais on peut penser que l’orientation à donner aux programmes est, pour une bonne part, affaire de génération. Les « grands « élèves » de l’actuel cycle secondaire ne cherchent, en majorité, dans la poursuite de leurs études à la Medersa, qu’un but de perfectionnement intérieur et de piété désintéressée. Lâcher du lest, en maintenant pour eux, au sein de l’établissement, une sorte d’ « institut islamique » contrôlé directement par le sultan et le directeur, paraît être une opération judicieuse, aux inconvénients limités, et susceptible de contribuer grandement à la réputation du Collège. Il en va autrement des enfants ayant déjà accompli le cycle primaire franco-arabe qui revendiqueront légitimement, au terme d’études complètes menées sous notre contrôle, la sanction d’un diplôme et d’une situation ; aussi légitimement que nous pourrons attendre d’eux qu’ils conservent la marque d’une formation française, née de la pratique de notre langue, et de leur contact avec certains aspects essentiels de notre civilisation. C’est à l’intention de ces jeunes classes qu’il faut prévoir, au sein d’une scolarité définie, non seulement la diffusion de notre culture, mais aussi celle de l’enseignement technique : condition nécessaire pour que les élites musulmanes s’intègrent à notre système et que s’établissent entre elles et les éléments venus du Sud l’harmonie nécessaire à la saine évolution du Territoire. المصدر: معهد تاريخ القانون — جامعة بواتييه، برنامج «التعليم والمواطنة والمستعمرات»: https://ihd.labo.univ-poitiers.fr/educationcitoyennetecolonies/les-sources/afrique-equatoriale-francaise-aef/un-college-franco-arabe-au-tchad/

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الاستشهاد

طريقة الاستشهاد المقترحة بهذه المادة:

«مذكرة 23 أبريل 1954 حول الكلية الفرنسية العربية بوداي»، سِجِل، رقم ARC-TD-DOC-000003، المصدر الأصلي: الأرشيف الوطني لما وراء البحار، المرجع: GG AEF 5D 269.
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